Mes chers collègues,
Cette question de la gratuité des manuels scolaires s’inscrit dans le contexte d’une rentrée scolaire catastrophique pour l’ensemble de la communauté éducative et je suis bien placé en Seine-Saint-Denis pour en mesurer la réalité quotidienne : mesure après mesure, réforme après réforme, sans aucun état d’âme, la droite met en œuvre une politique implacable de démantèlement du service public d’enseignement, sous le couvert fallacieux du seul souci d’améliorer l’efficacité du système éducatif.
Qu’il s’agisse des dizaines de milliers de suppressions de postes -16 000 en cette rentrée, 42 000 postes depuis trois ans-, de la suppression programmée des enseignants des RASED, du déficit en postes de remplaçants, de la suppression de la formation des enseignants et de la carte scolaire, de la remise en cause de notre école maternelle ou encore de la disparition de la formation des enseignants au profit d’un compagnonnage bricolé dans l’urgence, toutes ces mesures traduisent la main mise de Bercy sur l’Ecole de la République, avec en prime et pour la première fois un rapport de l’Inspection générale qui pointe les dangers que le Gouvernement fait peser sur l’éducation dans notre pays.
Dans un tel contexte, on peut donc se féliciter que la Région ait quant à elle décidé d’augmenter la DGFL de 1,6%, ce qui témoigne de la présence de la Région aux côtés des lycées et du maintien de l’éducation comme priorité majeure de JP HUCHON et de sa majorité de gauche, alors que le gouvernement se livre à des mensonges qui ne trompent personne.
Luc Châtel ose en effet affirmer sur le site du Ministère que la rentrée n’a pas coûté plus cher aux familles cette année. Cette annonce est contestée par toutes les associations de consommateurs et les fédérations de parents d’élèves. Comment d’ailleurs oser un tel mensonge, alors que la réforme précipitée des programmes de lycée va coûter au bas mot 200 € par élève de seconde, rien qu’en renouvellement de manuels scolaires ?
Et qu’en sera-t-il l’an prochain pour les 1ères, et puis pour les Terminales ?
On voit bien là une basse manœuvre supplémentaire contre la Région.
Car Luc Châtel sait parfaitement que la Région Ile-de-France finance les manuels scolaires des lycéens. C’est une question de principe politique, de valeur forte pour la gauche, constitutive de notre identité : l’éducation doit être gratuite, offerte à chaque enfant de ce pays, condition majeure de la lutte contre les inégalités.
Cher(e)s collègues, la gratuité des manuels scolaires est au cœur du droit à l’éducation, la gratuité des manuels scolaires, nous l’avons décidée dans cet hémicycle.
C’est donc à une attaque en règle contre ce principe que s’est livré le Gouvernement. En effet, comment pouvait-il ignorer la menace qu’il faisait peser sur ce principe, en décidant une réforme des programmes si arbitraire, si soudaine, méprisant les procédures réglementaires ?
Comment Luc Châtel pouvait-il ignorer le coût supplémentaire considérable –plus de 20 millions d’euros pour notre Région-, généré par un tel bouleversement ?
Enfin, je vous le demande, comment pouvait-il supposer une seconde que la Région allait renoncer à ses principes, pour laisser aux familles la charge d’acquérir des manuels neufs, pour certains hors de prix ?
C’est aujourd’hui sans concertation, au mépris du code de l’Education, qui prescrit un délai de douze mois entre la publication des programmes et leur entrée en vigueur, que le Gouvernement a donc encore un peu plus affaibli sa crédibilité mais aussi la confiance des Franciliens.
Alors, mes chers collègues, je vous le demande : allons-nous abandonner les familles comme le fait Gouvernement ?
Au nom du groupe socialiste, j’affirme sans hésiter que la Région restera, comme elle l’a toujours été sous l’impulsion de son président, aux côtés des Franciliens,j’affirme que la Région assumera sa mission d’éducation, quels que soient les efforts supplémentaires à fournir. Et chacun sait que ces efforts ne seront pas maigres : plus de 20M€ à dégager en urgence, voilà le résultat de l’inconséquence notoire et provocatrice du Gouvernement actuel.
Pour terminer, je conclurai sur une analyse un peu plus générale, révélatrice du mépris du gouvernement pour l’Ecole publique et laïque.
M. Sarkozy a d’ores et déjà marqué tristement l’histoire de la Vè République par une sentence extrêmement choquante: « jamais l’instituteur ne remplacera l’homme d’Eglise ».
Récemment, il est allé encore plus loin : car alors qu’il supprime des enseignants dans les écoles, il y fait entrer des policiers armés.
Voilà le projet éducatif de la droite : l’Ecole en dessous de l’Eglise, et surveillée par la police.
Dans ces circonstances, Madame la Vice présidente, la décision que nous prenons à cet instant prend un sens qui dépasse notre seul hémicycle : les manuels scolaires, c’est le savoir offert par la République à tous ses enfants, c’est la mise en œuvre de la démocratisation de la réussite, c’est la conviction humaniste que chaque enfant, chaque jeune, quel que soit son lieu de vie, son milieu social, peut accéder au savoir, condition indispensable de l’émancipation et d’une citoyenneté éclairées.
Mes cher(e)s collègues, une société sans éducation est une société sans avenir : à l’heure où l’Ecole de la République est attaquée de tous côtés par le gouvernement, affirmer que les manuels scolaires resteront financés par la Région, c’est affirmer que l’Ecole doit rester le premier lieu de promotion sociale et de lutte contre les inégalités, le lieu où se construit une société de l’intelligence face la société mercantile mise en œuvre par la droite.